Virginia L.

Poésie. Dessin.

Under milk wood Au bois lacté de Dylan thomas

Je suis « tombée par hasard » sur cette citation en français et j’ai voulu en savoir plus:

Nous ne sommes ni tout à fait mauvais ni tout à fait bons

Nous qui vivons à l’ombre du Bois lacté

Et toi je sais tu seras le premier

A voir nos vertus plutôt que nos vices

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Et j’ai découvert ceci. C’est extrait de ce que dit le Révérend Eli Jenkins quasiment à la toute fin de Au bois lacté. Qu’en pensez-vous?

REV. ELI JENKINS

Every morning when I wake,
Dear Lord, a little prayer I make,
O please to keep Thy lovely eye
On all poor creatures born to die

And every evening at sun-down
I ask a blessing on the town,
For whether we last the night or no
I’m sure is always touch-and-go.

We are not wholly bad or good                
Who live our lives under Milk Wood,
And Thou, I know, wilt be the first
To see our best side, not our worst.

O let us see another day!
Bless us all this night, I pray,
And to the sun we all will bow
And say, good-bye–but just for now!

C’ est à l’origine une pièce radiophonique de l’auteur gallois Dylan Thomas , devenue plus tard une pièce de théâtre, un film et un opéra. Le conteur invite le public à écouter d’une oreille indiscrète les rêves des habitants du petit village gallois de Llareggub (village fictif), et leurs pensées les plus intimes nous sont livrées.

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Lorsque Dylan Thomas séjourna à New Quay, il partit se promener au petit matin, et écrivit des vers au sujet des habitants lui vinrent alors à l’esprit. Il les couche sur le papier dans Quite Early One Morning (Un matin très tôt) en 1944, et enregistre l’histoire pour la radio en 1945. Il continuera à travailler sur cette idée pendant huit ans, en s’inspirant aussi du village de Laugharne dans lequel il s’installe en 1949. En septembre 1953, il livre à la BBC une version complète de Au bois lacté (Under milk wood). Il en lit un extrait pour la première fois en public aux Etats-Unis. Il meurt deux mois plus tard. La pièce est enregistrée en 1954 par la BBC sur une musique composée par Daniel Jones, ami de longue date de Dylan Thomas. Elle est diffusée pour la première fois le 25 janvier 1954. Le rôle de la ‘Première voix’ était assuré par Richard Burton. Dylan Thomas expliqua que Au bois lacté avait été conçue en réponse au bombardement atomique de Hiroshima, comme un moyen de réaffirmer la beauté du monde. Son écriture poétique ainsi qu’une liste de personnages inoubliables en font une pièce importante dans l’histoire de la radio et du théâtre.

 

Le pays du lieutenant Schreiber

 

Voilà un extrait du livre d’Andreï Makine Le pays du lieutenant Schreiber:

Le sentiment d’injustice est insupportable. Un paradoxe.: tout un flot de bavardages  et d’images qui se déversent quotidiennement des journaux, des radios, des écrans – et pas une ligne, pas un mot qui rendrait comptait compte de ces soldats sur le point de s’effacer dans l’oubli. Des millions de couvertures lustrées, des clones innombrables, féminins ou masculins, étalant toujours la même obscénité de la mode, des vacances, des sports, du showbiz- un ignoble égout qui impose aux milliards d’humains décérébrés ce qu’il doivent penser, aimer, convoiter, ce qu’ils doivent apprécier ou condamner, ce qu’ils doivent savoir de l’actualité, de l’histoire. Le seul but de cette entreprise de crétinisation est le profit, on le sait, déguisé sous le nom de « tirages », de « parts d’audience ».

Qu’en pensez-vous?

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Andreï Makine, né en Sibérie a publié de nombreux romans parmi lesquels Le testament français, La musique d’une vie, L’amour humain, La vie d’un homme inconnu, Une femme aimée. Il a reçu de nombreux prix. Il est désormais membre de l’Académie française.

 

Jean-Claude Servan-Schreiber

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(né en 1918 à Paris) est un homme de presse et homme politique français. Il est le fils de Robert Servan-Schreiber et de Suzanne Crémieux. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est lieutenant dans la cavalerie blindée. Dès 1947, il travaille aux Échos dont il devient directeur à la place de son père en 1958. Il crée L’Express avec son cousin Jean-Jacques en 1953 . À la demande de De Gaulle et de Pompidou, il met en place la publicité à la télévision en 1968 et, à ce titre, est à l’origine de la Régie française de publicité. Engagé en politique dans les rangs gaullistes, il devient député de la 11e circonscription de la Seine, en tant que suppléant de Roger Frey.Lors des élections législatives de juin 1968, il défie en vain François Mitterrand dans sa circonscription de la Nièvre.En 1981, il entre au Conseil d’administration de l’Institut Arthur Vernes, en devient président de 1994 jusqu’à 2009.

Andreï Makine à propos de Jean-Claude Servan-Schreiber

Je n’aurais jamais imaginé un destin ouvert sur le sens de la vie. Une existence où se sont incarnés le courage et l’instinct de la mort, l’intense volupté d’être et la douleur, la révolte et le détachement. J’ai découvert un homme qui avait vécu à l’encontre de la haine, aimé au milieu de la pire sauvagerie des guerres, un soldat qui avait su pardonner mais n’avait rien oublié. Son combat rendait leur densité aux mots qu’on n’osait plus prononcer: héroïsme, sacrifice, honneur, patrie…

Histoire de Guignol

Laurent Mourguet, après la crise de la canuserie, se proclama arracheur de dents. Il trouva les marionnettes pour attirer la clientèle et couvrir les cris des patients.

Très vite ce fut le succès et il créa son propre théâtre au Café du Caveau. Un cordonnier, le père Thomas, habitué des lieux, donnait spontanément de sa table la réplique à Mourguet, et amusait les spectateurs. Lors d’une séance, le joyeux buveur ne fut pas là; la pièce fut un échec. Mourguet décida alors de créer la marionnette du savetier, au cas où son absence se répéterait. Gnafron était né avant Guignol.

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La première trace de Guignol remonte aux environs de 1808.

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Son premier nom était Jean Siflavio Chignol, un voisin canut d’origine lombarde. Guignol incarne l’humour, l’indépendance et la joie de vivre.

Laurent Mourguet ne savait ni lire ni écrire. Les pièces constituant le répertoire nous sont parvenues grâce à un magistrat « Onofrio » habitué des spectacles… qui les mit noir sur blanc.

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Guignol réprésenta également la voix du peuple critiquant les autorités et ses représentants et eut à subir la censure. Il est l’ascendant de l’émission de Canal+ Les Guignols.

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Parlez-vous lyonnais?

Gone / Enfant

Fenotte/ Femme

Bambanner/ Flâner

Décaniller/ Partir

Bajafler/ Parler

Trabouler/ Voyager

Cuchon/ Tas

La revoyure/ A nous revoir

Peter la maille/ Embrasser

Ce que l’on peut retenir de l’histoire

Nous avons tant de choses à retenir des faits passés. Et les hommes politiques devraient accorder une plus grande part à l’ histoire. Voilà trois faits que j’ai retenus.

  1. Dur de vouloir son indépendance quand il y a des intérêts économiques en jeu.

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Les Romains le savaient et commençaient par créer des relations économiques avant tout. Difficile pour les Gaulois de vouloir leur indépendance quand leurs principaux clients étaient romains. « Que se passerait-il si les Romains partaient? » Il a fallu des hommes rassembleurs comme Vercingétorix pour sortir de cette « prison dorée ».

2. Calais

En août 1347, le roi d’Angleterre Edouard III envahit Calais et le Calaisis. Calais reste anglaise jusqu’en 1558. Rien d’étonnant que l’Angleterre se sente un peu chez elle là-bas si vous voyez ce que je veux dire…

Belagerung_von_Calais_1346-1347

En effet, c’est également le cas des rapports anciens colonisateurs- colonisés.

3. Le champ libre à tout

Dans la Rome antique, pas de vide. Un empereur tyrannique est zigouillé pour qu’un autre prenne la place. Mais que se passe – t-il quand un vide se crée. C’est comme en physique, le vide n’existe pas. En histoire, c’est pareil. La Révolution française a fait un vide qui permet tous les possibles. Une place libre pour tous les caractères forts du genre « poussez-vous de là que je m’y mette ». Dans le chaos, les gens ont besoin d’une figure solide. Cela donne la place à:

200px-Bonaparte_Premier_consulNapoléon 1er Consul

En fait l’histoire nous prouve que certaines choses ne changent pas car tout simplement l’être humain reste fondamentalement le même.

Qu’en pensez-vous?

 

 

Dictons et proverbes/ Sayings and proverbs

Never look a gift horse in the mouth

A cheval donné on ne regarde point les dents

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The Customer is always right

Le client a toujours raison

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Revenge is sweet

La vengeance est un plat qui se mange froid

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Ask no questions and be told no lies

S’abstenir de poser des questions c’est se garantir des mensonges

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All roads lead to Rome

Tous les chemins mènent à Rome

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Time will tell you

L’avenir le dira

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All work and no play make Jack a dull boy

Il n’y a pas que le travail dans la vie

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Call a spade a spade

Appeler un chat un chat

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Bad news travels fast

Les mauvaises nouvelles vont vite

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It’s raining cats and dogs

Il pleut des cordes

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Speech is silver, silence is golden

La parole est d’argent, le silence est d’or

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Silence means consent

Qui ne dit mot consent

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Man is a wolf to man

L’homme est un loup pour l’homme

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No news is good news

Pas de nouvelles bonnes nouvelles

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Toi

Le jour

La nuit

Dans l’attente

De quoi?

Si la vie me le permet

Je ne saurai

Si je peux

Dans la mort

Te suivre

Te voir

Te sentir

Une dernière fois

 

Joyeux Noël

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Joyeux Noël

Merry Christmas

Buon Natale

Bom Natal

Feliz Navidad

Glaedelig Jul

CRECHE

Entre ciel et terre

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Jón Kalman Stefansson:

(né le 17 décembre 1963 à Reykjavik) est un auteur islandais. Après avoir fini ses études au collège, il travailla par exemple dans les secteurs de la pêche et de la maçonnerie. Il entreprit ensuite des études en littérature à l’ université d’Islande de 1986 à 1991, mais sans les terminer. Pendant cette période, il donna des cours dans différentes écoles et rédigea des articles pour le journal Morgunblaðið. Ensuite, il vécut à Copenhague, où il participa à divers travaux et s’adonna à une lecture assidue. Il rentra en Islande et s’occupa de la Bibliothèque municipale de Mosfellsbær jusqu’en 2000. Depuis, il se consacre à la production de contes et de romans.

Il a publié jusqu’à aujourd’hui :

  • 1997, L’Été derrière la montagne
  • 1999, La Lumière sur les montagnes
  • 2001, Diverses choses à propos des séquoias et du temps
  • 2003, Le Crépitement des étoiles
  •  Gallimard, 2010, Entre ciel et terre
  • 2011 La Tristesse des anges
  • Gallimard, 2013 Le Cœur de l’homme
  • Gallimard, 2015 D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds.

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  • L’HISTOIRE

Parfois les mots font que l’on meurt de froid. Cela arrive à Bárður, pêcheur à la morue parti en mer sans sa vareuse. Trop occupé à retenir les vers du Paradis perdu, du grand poète anglais Milton, il n’a pensé ni aux préparatifs de son équipage ni à se protéger du mauvais temps. Quand, de retour sur la terre ferme, ses camarades sortent du bateau le cadavre gelé de Bárður, son meilleur ami, qui n’est pas parvenu à le sauver, entame un périlleux voyage à travers l’île pour rendre à son propriétaire, un vieux capitaine devenu aveugle, ce livre dans lequel Bárður s’était fatalement plongé, et pour savoir s’il a encore la force et l’envie de continuer à vivre.

  • Cette œuvre est pleine de poésie qui est difficile à définir, alors voilà un extrait:

Deux matelots s’étaient noyés, leurs corps n’avaient jamais été retrouvés et ils étaient allés rejoindre la foule des marins qui errent au fond de la mer, se plaignant entre eux de la lenteur du temps, attendant l’appel suprême que quelqu’un leur avait promis en des temps immémoriaux, attendant que Dieu les hisse vers la surface et les attrape dans son épuisette d’étoiles, qu’il  les sèche de son souffle tiède et les laisse entrer à pied sec au royaume des cieux, là, il n’y a jamais de poisson aux repas, disent les noyés qui, toujours aussi optimistes, s’occupent en regardant la quille des bateaux, s’étonnent du nouveau matériel de pêche, maudissent les saloperies que l’homme laisse dans son sillage, mais parfois aussi, pleurent à cause de la vie qui leur manque, pleurent comme pleurent les noyés et voilà pourquoi la mer est salée.

La Marseillaise

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Suite aux attentats de vendredi dernier, aux hommages aux victimes, les gens ont chanté la Marseillaise: C’ est un chant patriotique de la Révolution française adopté par la Convention pendant neuf ans du 14 juillet 1795 jusqu’à l’Empire en 1804.

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Elle est reprise en 1830 pendant la révolution des Trois Glorieuses qui porte  au pouvoir. Berlioz en élabore une orchestration qu’il dédie à Rouget de Lisle. Cela devient définitif en 1879 sous la Troisième République. Pendant la période du régime de Vichy, bien qu’elle soit toujours l’hymne national, elle est souvent accompagnée par le chant Maréchal, nous voilà!. En zone occupée, le commandement militaire allemand interdit de la jouer et de la chanter à partir du 17 juillet 1941. Son caractère d’hymne national est à nouveau affirmé dans la Constitution du 27 octobre 1946 par la IVe République, et en 1958.

Les six premiers couplets sont écrits par Rouget de Lisle en 1792 pour l’Armée du Rhin à la suite de la déclaration de guerre de la France à l’Autriche. Dans ce contexte originel, la Marseillaise est un chant de guerre révolutionnaire, un hymne à la liberté, un appel patriotique à la mobilisation générale et une exhortation au combat contre la tyrannie et l’invasion étrangère.

Premier couplet

Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie
L’étendard sanglant est levé, (bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes !

Refrain :

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons !

Couplet 2

Que veut cette horde d’esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)
Français, pour nous, ah ! quel outrage !
Quels transports il doit exciter !
C’est nous qu’on ose méditer
De rendre à l’antique esclavage !

Refrain
Couplet 3

Quoi ! des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! (bis)
Grand Dieu ! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !

Refrain
Couplet 4

Tremblez, tyrans et vous perfides
L’opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis)
Tout est soldat pour vous combattre,
S’ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre !

Refrain
Couplet 5

Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
À regret s’armant contre nous. (bis)
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !

Refrain
Couplet 6

Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (bis)
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !

Refrain
Couplet 7
(dit « couplet des enfants »)

Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus (bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre

(couplet pour les enfants 2e)

Enfants, que l’Honneur, la Patrie
Fassent l’objet de tous nos vœux !
Ayons toujours l’âme nourrie
Des feux qu’ils inspirent tous deux. (Bis)
Soyons unis ! Tout est possible ;
Nos vils ennemis tomberont,
Alors les Français cesseront
De chanter ce refrain terrible :

Refrain

La Frontière de Lucie Léanne

  • 1

Elle a décidé de partager ce qu’elle a vécu avec humour, critique et finesse dans son roman:

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Pourquoi l’écriture ? Ce n’est pas la première fois ?

J’ai toujours écrit . L’écriture est un refuge, une drogue. Très tôt, j’ai décidé d’être écrivain: à sept ans ; j’ai commencé par de petites rédactions (sourire), plus tard, sont venus des poèmes, des nouvelles, ensuite des romans. Mes publications : un roman : Le fou de Littérature (éditions Lettres du monde, 1999),  des poèmes : Instants de vie (éditions Manuscrit.com, poèmes, 2001). J’ai écrit d’autres romans qui ont été rejetés par les maisons d’édition car ils ne faisaient pas l’unanimité des comités de lecture.

Est-ce que vous n’utilisez le thème de la folie que pour le style ?

Non, pour décrire l’absurde, l’humour, la dérision. Dans un hôpital psychiatrique, les gens dits « fous » ont un humour complètement décalé, déjanté ; certains ne s’en rendent pas compte. Quand je suis sortie de ma chambre d’isolement et que j’ai pu me joindre au reste des patients, un homme est venu vers moi, l’air heureux et m’a dit, en se tenant sur une jambe, : « Je suis un héron » ! Ca m’a fait rire… La folie a aussi des côtés sombres, je m’y suis intéressée, malgré moi.

Vous parlez du rapport avec le corps…

Un rapport très douloureux. J’ai été anorexique pendant de longues années. Enfant, adolescent et à 23 ans, j’ai été internée de force car j’avais un poids très faible. Il y a deux sortes d’anorexie : celle liée aux régimes, le désir d’être mince puis une autre liée à un désarroi profond, l’envie de mourir. On n’a plus faim, plus goût à rien. Dans la Frontière, les deux personnages qui symbolisent cette déchéance du corps, cette destruction, sont Miléna et Mambo : j’emploie les mots « carcasse », « corps déguigandé », « corps qui se craquèle ». J’ai été élevée par des parents toxiques, extrêmement violents . L’anorexie vient de là. J’ai survécu grâce à l’écriture, y ai trouvé une dignité. L’écriture m’a sauvée quelque part. Je parle de ça, aujourd’hui, non pas pour susciter une quelconque pitié; ce n’est vraiment pas mon genre. Mais parce qu’une enfant à 7 ans qui ne mange plus, il faut le signaler, surtout si la famille présente bien, agréable, très polie. Donc le rapport au corps dans la Frontière, est synonyme de souffrance.

Mais il y a aussi le rapport à autrui et à l’environnement…

Mon rapport avec autrui a évidemment été tortueux, difficile; avec un tel passé, vous n’êtes rien, juste un insecte; vous ne parlez à personne, vous vous repliez sur vous même (d’où le personnage de Mambo) ; avec les gens, au début c’était pareil. Cette phrase du roman résume l’état dans lequel j’étais pendant plusieurs années: «dignité séquestrée durant des années, impossible construction de l’être, frontière plantée tout autour, la zone du rien, tente de vivre comme tu le peux, le cœur plein de morve. » Mais aujourd’hui, je vais bien ; jamais je n’ai voulu être une victime, j’ai toujours lutté. J’ai toujours eu cette pensée en moi, comme un garde-fou : « je deviendrai un grand écrivain ». Le bouddhisme, la méditation m’ont énormément apporté.

Cela peut faire penser parfois au style de Boris Vian et son œuvre L’Ecume des jours, des influences ?

La Frontière comparé à l’Ecume des jours ? Au point de vue du style alors car Miléna est bien vivante, contrairement à l’héroïne de Boris Vian. Merci pour la comparaison. (sourire) Mes influences sont différentes : adolescente, j’ai découvert J.M.G Le Clézio et Marguerite Duras : un choc littéraire ! Un bonheur ! Plus tard d’autres auteurs, comme Thomas Mann, Marguerite Yourcenar, Nabokov et William Burroughs.

Vous utilisez des personnifications, dans quel but précis ?

Définition de la personnification (pour les lecteurs) : La personnification est une figure de style qui consiste à attribuer des propriétés humaines à un animal ou à une chose inanimée (objet concret ou abstraction) que l’on fait vouloir, parler, agir, à qui l’on s’adresse (source Wikipédia). C’est drôle car je ne l’avais jamais remarqué ; ça doit être inconscient.Ex: l’espoir « Un essaim de rêves tombé à terre. Il grouille de sons, d’odeurs et d’un noir mat. J’essaie de le ramasser mais l’espoir me pique avec son dard de libellule géante »

Votre livre semble critiquer les soins psychiatriques, un côté engagé de votre part ?

Ah bon ? (rire). Miléna dans le roman dit « : J’ai l’hospitalisation rancunière ». Franchement l’hôpital psychiatrique n’est fait pour personne ; on mélange des personnes dépressives avec des fous qui ont de lourdes pathologies mentales ; vous voyez des hommes, des femmes parler tous seuls, se cogner la tête contre les murs, crier, hurler. Comment voulez-vous reprendre goût à la vie dans un tel endroit ? Et l’internement, enfermée seule dans une pièce, vêtue juste d’une blouse ; aucun effet personnel ; le lit, la table de nuit sont scellés au sol : une vraie prison. En plus on vous gave de calmants : la fameuse camisole chimique. Gare à vous si vous ne les avalez pas ! Il y a peu d’humanité . Ah ! c’est pas Disneyland….(sourire). Régulièrement je reçois des courriels de lecteurs qui ont eu un parent ou un proche placé dans un hôpital psychiatrique, souvent pour une dépression, ou pour anorexie  : ils en ressortent, abîmés, cassés. Il faut trouver d’autres solutions. Pour l’anorexie mentale (quelles qu’en soient les causes), PPDA a fondé l’association : « La maison de Solenn » pour aider les adolescents : voilà une autre solution. Attention ! Dans La Frontière, je ne condamne pas TOUS les psychiatres ; j’en ai vus de très biens, humains qui vous parlent sans vous rabaisser, qui vous écoutent.

Selon vous, est-ce difficile de trouver une place dans cette société ?

C’est difficile tant qu’on ne sait pas qui l’ont est. Nous vivons dans une société violente, (chômage, précarité) où l’apparence est primordiale ; tout repose sur l’image. C’est très superficiel en fait. Quand on sait qui l’on est, sa propre essence, on est invincible ; je parle pour moi. J’ai fait une démarche spirituelle et le jour où je me suis trouvée, où je suis entrée dans le monde de l’être, tout m’a paru beaucoup plus simple et ça l’est vraiment. Bouddha a dit : « Soyez votre refuge, soyez votre lumière » Vivre dans le moment présent , c’est la clef pour se trouver soi-même.

Est-ce que ce livre est avant tout un message d’espoir ?

OUI ! Rien que l’image de l’oiseau récurrente dans tout le roman et même sur la couverture du livre, symbolise l’espoir. Je n’ai pas écrit La Frontière pour être plainte, faire pleurer dans les chaumières, mais pour dire que de toute situation catastrophique, on peut s’en sortir. Cela demande une force immense ( je ne donne pas de leçon). Et l’humour ? Vous n’avez pas mentionné l’humour dans ce roman . (sourire). Miléna a beaucoup d’humour, les fous aussi . La frontière est une ode à la vie.

Il y a un moment où vous jouez sur le contraste entre le rouge et le blanc. Pourquoi ?Cela fait pensez à Chrétien de Troyes ou encore au Roi sans divertissement de Jean Giono …

Je n’ai pas vu ça du tout : le blanc oui, avec la métaphore de la banquise ; et pour rendre hommage au fils de J.M Charcot (éminent neurologue, ) devenu célèbre pour ses explorations dans les régions antarctiques. Le rouge, je le vois très peu. 

Est-ce que vous avez de nouveaux projets ?

Plein, j’ai recommencé à écrire, je prends des notes sur un calepin, j’observe beaucoup. Mes romans commencent toujours comme cela. Une pièce de théâtre aussi, mais surtout je dois trouver un éditeur version papier pour qu’il publie La Frontière. Ce roman plaît aux lecteurs. Alors messieurs les éditeurs, pourquoi ne pas travailler ensemble ?

aussi des côtés sombres; je m’y suis intéressée, malgré moi.

 

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