Emmanuel Rondeau: vidéo et photographie

par virginielebrun

J’ai eu la chance d’interviewer Emmanuel Rondeau. C’est un professionnel de la photo et de l’audivisuel. Il est spécialisé dans les sujets liés à l’environnement  aux cultures, aux relations homme-nature. Il a travaillé sur des projets en Amérique du Nord et Sud, Europe, Afrique. Son travail a fait l’objet de publications dans de nombreux livres et magazines dont Terre sauvage et BBC Wildlife. Il a commencé en tant que concepteur web:

emmanuel Rondeau

 

V.L: Pourquoi ce changement de carrière ?

E.R: Quand je regarde derrière moi, j’y vois une certaine cohérence, mais la question est bien sûr légitime ! On ne va pas remonter trop loin, mais je crois qu’un des tournants a été ma proximité géographique pendant longtemps avec certaines réserves naturelles au nord de la Californie où je travaillais. Ces grands espaces américains m’ont vraiment touché. Je crois que j’y trouvais une sorte de « paix intérieure ». J’étais seul, avec mon boîtier, dans ces immenses forêts brumeuses, j’avais l’impression de pénétrer dans de nouveaux mondes, hors de tout. J’ai vite eu l’envie de faire partager ce sentiment à d’autres.

V.L: Comment es tu arrivé à en faire ton métier ?

E.R: D’abord j’ai toujours été dans l’image. Mon premier gros achat à 14 ans n’a pas été une mobylette mais bien une caméra. Plus tard, en rentrant en France de mon séjour Américain j’ai intégré une société qui aidait d’autres entreprises de production à développer leurs projets et technologies. Ce n’était alors plus strictement de la technologie ni de la production, mais quelque chose « entre les deux ». Les problématiques qu’avaient ces boîtes m’ont parlé, nous étions (et sommes encore) en plein bouleversement des médias. Parallèlement à cela, mes projets artistiques commençaient à prendre une ampleur trop importante pour continuer à jongler, il a fallu que je fasse un choix.

V.L: Sur un de tes projets tu as travaillé au Costa Rica pour prouver la présence de l’aigle harpie.  Tu n’as pas pu le voir,  frustrant?

E.R: Oui bien sûr mais heureusement ce genre de déconvenue n’est pas systématique ! Sur les projets ambitieux c’est un risque qu’il faut assumer. Il faut prévoir un plan B avec l’équipe ou être en capacité d’en trouver un vite. En même temps, c’est formateur.

V.L: Qu’apporte le travail en équipe ?

E.R: De manière générale, j’écoute les autres, leurs sentiments, leurs avis, que ce soit de jeunes débutants ou de vieux maîtres. Même si je suis parfois en désaccord artistique, ça m’apporte souvent quelque chose. A titre d’exemple, j’anime des stages de photographie de nature, et j’ai beaucoup de plaisir à discuter avec les stagiaires. Pour revenir à la question, la notion d’équipe est différente sur un projet photographique et audiovisuel. Quand c’est un projet photo/presse, comme dernièrement pour le Kenya, nous partons à deux avec un journaliste. Il s’occupe du texte, des interviews et je peux me concentrer sur l’aspect visuel de la narration. Plus pragmatiquement, il y a également la partie logistique qui peut être difficile à gérer tout seul.

V.L: Tu es allé au Kenya pour photographier des éléphants et des rhinocéros.  Pourquoi filmer et photographier les animaux ?

E.R: Pour essayer de faire avancer les sujets liés à la conservation des espaces naturels. Je crois profondément en la capacité des images à émouvoir et, peut-être, à faire évoluer les mentalités. Certes on ne change pas le monde qu’avec des images, mais je crois qu’on y contribue. Certaines scènes doivent être vues, certaines histoires doivent être racontées. C’est un travail de mémoire, d’information comme un travail artistique.

V.L: Tu fais des conférences, est-ce une volonté de témoigner de ta part ?

E.R: Oui bien sur. Mais également pour rencontrer physiquement les gens, échanger.

V.L: Pour une autre vision du monde, une autre société ?

E.R: Je ne veux pas faire partie des « très pessimistes », l’homme détruit à une vitesse incroyable mais fait par ailleurs de très belles choses. Il faut revoir la façon dont on considère et traite le vivant. Aucune espèce n’est supérieure à une autre. On a parcouru beaucoup de chemin en 50 ans, il faut maintenant passer à la seconde vitesse. La protection du vivant ne concerne pas seulement les ONG.

Finding Nature – Bande Annonce from White Fox Pictures on Vimeo.

V.L: Il y a sur ton site des vidéos plus intimistes, est-ce que c’est un genre vers lequel tu veux te diriger ?

E.R: L’Histoire, la petite ou la très grande m’intéresse. Oui j’aimerais avoir le temps de creuser dans cette direction, notamment sur l’histoire de certains explorateurs qui me passionnent ou sur des sujets plus personnels.

V.L: Quel est le projet en cours ?

E.R: En ce moment je travaille pour un projet pour le magazine Terre Sauvage, il s’agit d’un reportage sur le lynx en France.

V.L: Quels sont tes futurs projets?

E.R: Je vais travailler sur le film officiel du parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises sur la réintégration du bouquetin. D’autres projets sont dans les starting-blocks mais c’est toujours compliqué d’en parler avant. Disons qu’il y a autant de projets audiovisuels (documentaires) que photographiques (presse).

V.L: Tu travailles pour les revues animalières. Quelle est la différence entre une revue française et une revue anglo-saxonne?

E.R: En fait c’est plus des différences par revue que véritablement par pays. Certains magazines sont plus orientés technique, d’autres plus découverte, d’autres plus voyage. Les rédacteurs en chef sont différents ainsi que les directeurs artistiques. Avec des équipes différentes on fait forcément un travail différent. Il faut donc s’adapter et tenter de comprendre les envies de chacun pour proposer des choses qui intéressent à la fois les équipes et les lecteurs. Avec les mêmes images on peut avoir des reportages différents.

V.L: Tu as écrit un article (La face cachée d’un fichier vidéo dans Compétence photo), quelle est l’importance des nouvelles technologies dans ton métier ?

E.R: C’est un moyen et non une fin. Je rédige pour chaque parution de ce magazine un article sur la vidéo au reflex. Je crois qu’il ne faut pas être « anti » ni trop « pro » technologie. Il faut se poser la question suivante : Quelle histoire je veux raconter et quelles sont les outils sur le marché pour me permettre d’y arriver ? et non l’inverse.

V.L: Quel est ton appareil photo indispensable?

E.R: L’appareil dont je ne peux me séparer en ce moment est le CANON 5D Mark III.

Emmanuel Rondeau lion photographie

V.L: Les principales qualités pour faire ce métier ?

E.R: Il faut être créatif (essayer de voir le monde différemment), de la combattivité (pour faire face au nombre de pépins et ne pas se décourager) et un bon sens du contact pour aller à la rencontre des gens et présenter son travail.

V.L: Des conseils à donner pour ceux qui veulent faire ce métier ? 

E.R: Ne pas picorer à droite à gauche des images qui racontent peu de choses. Le mieux est de se mettre en « mode projet », se donner un objectif, trouver un angle, une histoire à raconter, et tenter d’aller au bout en proposant une série d’images cohérente à la narration forte.

V.L: Tu utilises beaucoup les réseaux sociaux, pourquoi ?

E.R: C’est un formidable moyen d’être en contact direct avec les personnes appréciant mon travail. Je leur donne la primeur des infos et des images, c’est aussi une façon de les remercier de me suivre et de leur proposer des stages ou lectures de portfolio.

V.L: Quels sont tes photographes préférés ?

E.R: William Albert Allard, Steve Winter et Mike Nichols. Aie, que des américains, « pas fait exprès » !

V.L: Quelle est ta philosophie de vie ?

E.R: Ne pas essayer d’avoir cinq coups d’avance, ne pas « surcalculer », laisser de la place au hasard.

Pour en savoir plus, voilà son site:

www.emmanuelrondeau.com

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