Virginia L.

Poésie. Dessin.

Mois : mai, 2013

Le bonheur

Mais au fait, qu’est-ce que le bonheur? On se pose tous la question. J’ai trouvé un extrait des Propos d’ Alain. Je trouve que c’est joliment dit et j’aime sa déduction.

« Dès qu’un homme cherche le bonheur, il est condamné à ne pas le trouver, et il n’y a point de mystère là-dedans. Le bonheur n’est pas comme cet objet en vitrine, que vous pouvez choisir, payer, emporter; si vous l’avez bien regardé, il sera bleu ou rouge chez vous comme dans la vitrine. Tandis que le bonheur n’est bonheur que quand vous le tenez; si vous le cherchez dans le monde, hors de vous-même, jamais rien n ‘aura l’aspect du bonheur. En somme on ne peut ni raisonner ni prévoir au sujet du bonheur; il faut l’avoir maintenant. Quand il paraît être dans l’avenir , songez-y bien, c’est que vous l’avez déjà . Espérer, c’est être heureux.

Qu’ en pensez-vous?

  • Alain

 Alain

De son nom, Emile-Auguste Chartier (1868  -1951) de son vrai nom. Journaliste, essayiste, professeur. Agrégé de philosophie, il a eu comme élève Simone Weil, Julien Gracq. Bien que militant pour le pacifisme, il s ‘engage lors de la première guerre mondiale. Il publiera à la suite (1921) Mars ou la guerre jugée. En 1934, il est cofondateur du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. A partir de 1906, il met au point les Propos. Ce sont de courts articles qui traitent de l’actualité, des événements de la vie de tous les jours et traitent tous les secteurs.

La Fontaine et l’ écologie

JUPITER ET LE METAYER

Illustration de Jean-Baptiste Oudry

Jupiter eut jadis une ferme à donner.
Mercure (1) en fit l’annonce ; et Gens se présentèrent,
Firent des offres, écoutèrent :
Ce ne fut pas sans bien tourner.
L’un alléguait que l’héritage
Etait frayant (2) et rude, et l’autre un autre si (3).
Pendant qu’ils marchandaient ainsi,
Un d’eux le plus hardi, mais non pas le plus sage,
Promit d’en rendre tant (4), pourvu que Jupiter
Le laissât disposer de l’air,
Lui donnât saison à sa guise,
Qu’il eût du chaud, du froid, du beau temps, de la bise,
Enfin du sec et du mouillé,
Aussitôt qu’il aurait bâillé.
Jupiter y consent. Contrat passé ; notre homme
Tranche (5) du roi des airs , pleut, vente, et fait en somme
Un climat pour lui seul : ses plus proches voisins
Ne s’en sentaient (6) non plus que les Américains.
Ce fut leur avantage ; ils eurent bonne année,
Pleine moisson, pleine vinée.
Monsieur le Receveur (7) fut très mal partagé.
L’an suivant, voilà tout changé,
Il ajuste d’une autre sorte
La température des cieux.
Son champ ne s’en trouve pas mieux.
Celui de ses voisins fructifie et rapporte.
Que fait-il ? Il recourt au Monarque des dieux :
Il confesse son imprudence.
Jupiter en usa comme un maître fort doux.
Concluons que la Providence
Sait ce qu’il nous faut mieux que nous .

Les sources de la fable se trouvent chez les auteurs suivants : Faërne, Cesare Pavesi et Verdizotti. Chez ces auteurs, une contre-épreuve permet au paysan de reprendre en main avec plus de succès le gouvernement du temps. Chez La Fontaine, le second essai reste infructueux.

(1) le messager des Dieux
(2) était coûteux, occasionnait des frais
(3) si était un nom commun, dans le sens d’affirmation ou de condition
(4) … d’en obtenir un tel rendement
(5) fait le souverain
(6) ne s’en ressentaient
(7) Qui reçoit pour autrui. Les fermiers des terres seigneuriales s’appellent des Receveurs. (Dict. Furetière)

  • Jean de La Fontaine avait déjà conscience des problèmes environnementaux. Il ne faut pas oublier que le mot écologie vien t du grec Oikos qui veut dire maison.

portrait de Jean de La Fontaine

  • La Fontaine (1622-1695)

Son père Charles est conseiller du roi et Maître des eaux et forêts du Château-Thierry.

Il fait des études à l’Oratoire mais il n’est pas fait pour les éIl écrit etudes religieuses. Il écrit et commence des études de droit.

En 1652, il achète une charge de Maître particulier des eux et^forêts.

En 1654: il fait paraître l’Eunuque  sans signature.

En 1659, il écrit le Songe de Vaux pour Fouquet et son château de Vaux-le-vicomte.

La Fontaine reste fidèle au surintendant et demande clémence à Louis XIV.

1668: Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine.

avec pour dédicace « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes. »

1671: Il abadonne la charge de Maître des eaux et forêts

1672: Il perd sa charge de gentilhomme servant auprès de la duchesse douairière d’Orléans.

1674, paraissent les nouveaux contes de M. de la Fontaine.

1682, il occupe le fauteuil n°24 de l’Académie, qui était auparavant à Colbert.

En 1692, avant de mourir, l’ Abbé Pouget lui fait aurer ses « infâmes » fables et déchirer une comédie à peine terminée.

Rousseau disait qu’il ne fallait pas mettre les fables entre toutes les mains.

Il faut savoir en effet faire la différence entre moraliste et moralisateur

  • Petite réflexion sur l’ écologie:

Selon Michel Serres, avec l’ écologie nous entrons une nouvelle ère:

1) On se rend compte de que l’ être humain est mortel.

2) On se rend compte que notre groupe est mortel.

mais on découvre en plus:

3) La planète, le monde comme objet, également.

Alors passons un contrat naturel!

La forêt des renards pendus

Arto Pasilinna

Virginia L

J’avais envie de vous faire partager ce livre que l’ on m’ a offert.
Je ne connaissais pas cet auteur et il vaut vraiment le coup:

  • L’auteur
    Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste, poète, il a écrit une vingtaine de romans dont Le Meunier hurlant, Le Fils du dieu de l’orage et bien sûr La forêt des renards pendus.
  • date: 1996 éditions folio en 2011
  • Editions Denoël
  • L’histoire
    Imaginez un malfrat paresseux, Rafael Juntunen, qui a volé avec l’ aide de deux personnes, plusieurs gros lingots d’or fin. Prêt à tout pour protéger ces derniers, il va être obligé de quitter son confortable et moderne appartement de Stockholm pour se retrouver au fin fond de la forêt lapone en Finlnde où se croyant seul et en sécurité, il va rencontrer un militaire bourru, une vieille Skolte. Les trois compères vont résister aux complices de Rafael, aux réprésentants de la « civilisation ». Mais on ne transgresse pas impunément les lois qui règlent la vie en société… Vous pourrez ainsi comprendre le titre du livre
  • Mon avis

C’est un roman qui mêle aventure (avec cette nature difficile), polard, humour (des situations rocambolesques) et fraîcheur (dans tous les sens du terme). On découvre le nord de l’ Europe, un peu de culture et d’ histoire finlandaises.
J’ adore le personnage de la vielle Skolte, Naska. Elle vaut vraiement le détour.
On ressent également la personnalité de l’ auteur à travers son style. Chapeau d’ ailleurs à la traductrice Anne Colin du Terrail.

Pour un article sur Cécilia Sainmartin, cliquez ici

Pour un article sur Pêcheur d’Islande, cliquez ici

Pour un article sur Clochemerle Babylone, cliquez ici

dessin du parc Bazin

dessin du parc

Virginia L

Cela vient d’une scuplture du parc Bazin à Lyon

Les Nabis

Maurice Denis en 1890 dans Définition du néo-traditionnisme, en réaction aux Impressionnistes explique qu’ un tableau est « essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblés. »

  • Tout commence à Pont-Aven où Gauguin réside, il s’oriente vers le japonisme, le primitivisme et le symbolisme en en faisant une synthèse. Selon lui, il ne faut pas peindre d’après nature car « l’ art est une abstraction« .  « C’est le seul moyen de monter vers Dieu en faisant comme notre divin Maître, créer. » Il peint la Vision après sermon, un chef-d’oeuvre qui révolutionne la peinture.

gauguin, la vision après sermon

La vision après sermon de Gauguin

  • Il rencontre Paul Sérusier à qui il dit d’ utiliser « le plus beau vert de votre palette » pour représenter un arbre et du vermillon si les feuilles de celui-ci sont rouge. Il invite donc à la simplification des procédés picturaux, aux couleurs pures pour transposer l’ équivalent passionné d’ une sensation reçue.

Le Talisman de SérusierPaul Sérusier, le Talisman

  • De retour à Paris, ce dernier montre ce qu’il appelle le « talisman » (ce secret) à ses amis Henri Ibels, Pierre Bonnard, Maurice Ranson qui sont à l’ Académie Julian comme lui. Ils décident de s’appeler « Nabis » (prophète en hébreu).Ils discutent avec les autres élèves de l’ académie sur l’ art, la philosophie, la musique, le théâtre et aussi les religions orientales.

Au cirque de Ibels

Sérusier « le nabi à la barbe rutilante », Denis « le nabi aux belles icônes », Bonnard « Le nabi japonard » se retrouvent à l’atelier de Paul Ranson appelé Le Temple pour des soirées avec le sculpteur Maillol, Gauguin, le compositeur Ernest Chausson.  Arrivent en 1889 Vuillard « le nabi zouave » puis de Ker-Xavier Roussel, Rippl-Ronai « le nabi hongrois », Jean Verkade « le nabi obéliscal » et Frédéric Vallotton « le nabi étranger ».

Roussel, Vuillard, Coolus, Vallotton

  • L’ art des nabis s’inspire du symbolisme mais aussi de l’art populaire et primitif, des estampes japonaises, de Gauguin, Cézanne.

Gauguin: «  La couleur, vibration comme l’ est la musique, atteint ce qu’il y a de plus général dans la nature […] sa force intérieure. »

Cela s’exprime avec des couleurs vives, des formes entrecroisées et des arabesques décoratives. Plus la couleur est pure, plus l’ œuvre est belle. Ils décorent les théâtres, illustrent des poèmes, travaillent dans les arts graphiques (affiches, vitraux, paravent…). Ils collaborent à La revue blanche et on peut noter deux tendances.

La raison probante de Félix Vallotton, gravure sur bois

Et après?

  • Certains sont plus attirés par le symbolisme, la religiosité  dans la démarche de la simplification primitive en suivant Gauguin comme Sérusier. Ils seront à l’origine d’ un nouvel art sacré d’obédience catholique. 
  • D’ autres son plus amateurs de Degas, du japonisme dans un esprit plus profane comme Vuillard qui  représentent la vie quotidienne, juxtaposent des motifs et font des cadrages atypiques pour se diriger plus tard vers une peinture subtile et raffinée.

En 1903, la disparition  de la Revue blanche marquera la fin des nabis mais en 15 ans ils auront bouleversé la peinture et ouvert la voie aux révolutions picturales du siècle à venir.

Petite histoire du Ballet Classique

Puisque j’aime la danse, j’ ai décidé de retracer son histoire. Ses origines remontent à la Renaissance. Elle servait alors à illustrer un récit.

Louis XIV

Louis XIV en fait un art singulier en créant l’Académie Royale de Danse en 1661, aujourd’hui connue sous le nom de Ballet de l’Opéra National de Paris.

Pierre Beauchamp, danseur et chorégraphe à la cour, codifie les 5 positions. L’en-dehors, l’aplomb, et la rigueur se mettent en place progressivement. On utilise les perspectives pour offrir une vision frontale au spectateur.

postions pieds

XVIII et XIX è siècles

Une grande évolution:

  • Le Ballet se positionne comme une forme de spectacle artistique aux côtés de l’Opéra.
  • Le ballet romantique succède au ballet d’action.
  • Le tutu apparaît et découvre les jambes des danseuses.
  • Les chaussures à talon laissent place aux chaussons plats, puis aux pointes (possible invention de Jean-François Coulon) pour des Sylphides éthérées touchant à peine le sol. Marie Taglioni en est la parfaite incarnation.edgar degas

C’est l’époque de Degas et d’André Derain, et arrive La Boutique Fantasque de Diaghilev.

Marius Petipa, figure importante.

marius petipa

Il s’exile en Russie, explore la technique classique et crée La Bayadère, Le Lac des Cygnes, ou encore Don Quichotte.

Le terme « classique » fait son apparition avec les Ballets russes en 1910.

Arabesque, grand jeté et sissonnes s’ajoutent au vocabulaire classique.

sissone

Nijinski

Avec L’après-midi d’un Faune, il brise l’axe vertical et ramène le corps vers le sol. Ainsi, au début du XXè siècle, la danse devient le support de nouvelles expérimentations. Avec Serge Lifar et Balanchine arrivent le style néoclassique.

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Serge Lifar

Il ajoute deux positions. Premier danseur aux Ballets russes, devenu français en 1905, il fut maître de ballet à l’Opéra de Paris de 1930 à 1944, et de 1947 à 1958. Il connut un succès immense avec Icare et publie le Manifeste du chorégraphe. Il forme Roland Petit qui participera au renouvellement du style néoclassique.

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Roland Petit

A 21 ans, il fonde les Ballets des Champs-Elysées pour lesquels il crée Les Forains. Il fait appel pour ses œuvres à Yves Saint-Laurent, Cocteau, Maurice Jarre, et Picasso.

petit et jeanmaire

Il chorégraphie Guernica, Carmen (avec Zizi Jeanmaire), et son chef-d’oeuvre, Le Jeune Homme et la Mort. Il monte des shows à Broadway, à l’Alhambra, et au Casino de Paris, et fonde le Ballet National de Marseille. Costumes et chorégraphies modernes, gestuelle acrobatique, chute au ralenti, il ne cesse d’exprimer la perturbation intérieure, et la volonté de modifier le devenir.

Maurice Béjart

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Il se libère de l’espace-temps, crée des mouvements pour montrer l’homme face aux agressions du monde extérieur. Avec un langage chorégraphique simple, le ballet classique devient un divertissement élégant et raffiné compris de tous.

Il se forme auprès de Roland Petit et de l’ International Ballet à Londres. Il crée le Sacre du printemps, le Boléro, la Messe pour le temps présent, et l’Oiseau de feu. En 1987, les Ballets du XXè siècle deviennent le Béjart Ballet Lausanne. La danse devient un moyen de connaissance en soi, un engagement du corps. Elle se fait manière d’exister.

Et au XXIè siècle?

Le ballet exprime l’homme moderne dans tous ses états.

Deux noms émergent

  •  Thierry Malandain se réapproprie les mythes classiques, comme Orphée aux Enfers en 1989. Il déjoue les codes tout en conservant la maîtrise technique, et donne un nouveau souffle à des pièces souvent revisitées.

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Pour un article sur un ballet de Thierry Malandain, cliquez ici

  •  Jean-Christophe Maillot traite les grand thèmes classiques et le champ de l’abstraction. Avec Lac, en 2011, il modernise Le Lac des Cygnes.

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La petite conclusion

En regardant le 20è siècle, on remarque un glissement d’une société contemplative à une société active. On passe du narratif à l’action en faisant passer les émotions du danseur dans l’âme du spectateur.

Pour 6000 miles away

Pour body and dance

Pour Rudolph

Pour dans-poésie

Pour Matt Mattox

La courbe de tes yeux, Eluard

Chers lecteurs,

Je voulais vous faire partager cette poésie d’Eluard, elle est franchement très belle. On y aperçoit la douceur, la relation entre Paul et Gala. Je ne m’en lasse pas. Vous retrouverez un post sur les insomniaques qui reprend une citation du même auteur.

La Courbe de tes yeux

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d’une couvée d’aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l’innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

Paul ELUARD, Capitale de la douleur, (1926)

Vous pouvez avoir des informations supplémentaires sur Eluard ici!