Tranches de vie, n°3

par virginielebrun

 AU  COLLEGE 

Nathalie

 

   La petite Nathalie, mal fagotée avec de grosses lunettes et un sourire en fer, ne pouvait s’empêcher de se retourner quand Nicolas passait à côté d’elle. et lui préfèrait épater la galerie. Un jour, il voulut jouer au foot dans la cour. Pour «faire bien»,  pour que tout le   monde le voie, il plongea comme les grands footballeurs pour récupérer le ballon.  Mais en voulant faire comme son gardien de but  préféré, il finit la face dans le goudron avec une dent cassée. Il fallut appeler la famille qui apparemment avait l’ habitude des stupidités et autres facéties de leur fils chéri. Malgré ses boutons et une voix bizarre qui partait dans tous les sens, une impression de montagnes russes. Aux yeux de Nathalie, il était son Bouchon, il l’attirait tel un aimant sans même savoir pourquoi. Elle ne pouvait pas ne pas penser à ses yeux noirs et ses cheveux en bataille.

      Au Collège,  il y avait Pricilla: la grande et pulpeuse Priscilla qualifiée de tous les superlatifs. Elle venait d’ Angleterre. Echange scolaire oblige. Son accent faisait    craquer tous les garçons. Ils profitaient tous de la moindre occasion, du moindre prétexte pour lui tourner autour et bien sûr Nicolas n’ échappait pas à la règle. 

   Nathalie, elle, était à ce moment-là une fille mal à l’ aise, mal dans sa peau, complexée et rugissant pour un rien. Elle avait une fâcheuse tendance à se cacher, à se faire la plus petite possible de peur que l’ on se moquât d’ elle. Trop de quolibets avaient fini par la fragiliser. La  piscine était pour elle un véritable cauchemar, une véritable épreuve. Elle essayait d’éviter tous les regards, surtout celui de Nicolas. Elle voyait bien qu’ il y avait un fossé entre elle et les autres, une douve qu’ elle ne franchirait jamais. Elle ne comprenait pas ceux de son âge (trop «bêtes» disait – elle) et préfèrait traîner avec les plus vieux. Elle savait pertinemment qu’ il fallait faire comme eux  pour s’ intégrer au groupe, les imiter mais elle était trop entière pour  faire semblant et s’ isolait. Son endroit favori était sa chambre, personne n‘ y allait la déranger.

 

      J’ étais souvent tenté, devant sa détresse, de lui dire qu’ elle avait été faite, programmée pour être intellectuellement  précoce, bref une petite surdouée qui s’ignorait mais qui devait apprendre à se connaître toute seule.

 

Nicolas:

Qu’est-ce que je peux avoir mal aux dents. Et dire que je voulais épater la galerie. J’ai plutôt fait rire. Maintenant, tout le monde va se foutre de moi. Comme si j’avais besoin de ça. Comme si ça ne suffisait pas avec les profs… Non, mais, j’vous dis.

 

       J’ avais déjà tout écrit depuis la naissance des deux, je savais tout. Même leur futur, leur destinée. Mais à part quelques coups de pouce, je ne pouvais rien faire. C’était à eux de jouer mais je ne pouvais que constater la difficulté de ma tâche. J’ avais pourtant l’ habitude que Celui-qui- est- tout- là- haut me refile les cas les plus difficiles mais là… J’ ai cru qe j’ allais jeter l’ éponge. Il fallait qu’ ils y mettent un peu de bonne volonté même beaucoup de volonté autrement…

 

 

Publicités