Tranches de vie n°5

par virginielebrun

     J’ ai préféré laisser s’écouler quelques années. En effet, seul le temps était alors mon allié

 

 Nathalie:

 

       Vive la galère.Toute seule dans une ville que je ne connais pas. Bref une petite fourmi dans une grande fourmilière.

Heureusement que j’ ai une bourse mais bon… Je dois avouer que je tire quand même la langue mais je ne veux rien demander et je ne veux rien devoir.

  Il paraît que la moyenne du quotient intellectuel humain est de cent. Je suis certaine d’ en avoir un de quatre-vingt-dix-neuf. Vous savez, juste le petit neurone en moins. Quand je vois la  pile de bouquins sur le bureau, ça me donne le tournis. J’ ai une  dissertation à rendre pour demain et le sujet est: «Qu’ est-ce que philosopher?». Rien que ça … On commence bien. Mais ce n’ est pas à moi qu’ il faut poser la question.  Demandez plutôt à Platon, Kant et les autres. Bon, d’ accord, je vous le concède, ils sont morts. En plus, le prof a dit: «Huit pages minimum et surtout ne faites pas les malins.».En fait, je pourrais répondre en une seule phrase brève et concise qui a le mérite de tailler dans le vif: «Philosopher, c’ est se poser trop de questions.».  La vie est faite de telle sorte que si l’on réfléchissait énormément on se pendrait haut et court. C’est comme un poisson rouge dans un bocal, il oublie très vite, question de ne plus se rappeler qu’il vient déjà de faire dix tours de son aquarium et que la seule fausse plante présente est là depuis des lustres… autrement il n’y aurait que des poissons rouges déprimés. Bref, en ce qui concerne mon devoir, je n’ai pas de tendances  suicidaires et je me contenterai donc de répondre à la question gentiment posée. En plus, il y a les étudiants, les «mecs». Ici, toute la journée, ils ne parlent tous que de Freud. De quoi vous soûler. D’ après les trois points de l’ horoscope: l’ amour, l’ argent et la santé, il ne me reste donc que la santé.

  

       Nicolas:

Quand Nicolas a dû partir de la maison pour faire des études, il s’est retrouvé seul. Désespérément seul. Surtout en ce qui concerne la cuisine, le ménage et le repassage. Maman n’était plus là pour mijoter de petits plats et le fer à repasser lui était inconnu.

Il trouvait que les études ce n’était pas si mal que ça. Les matières l’intéressaient. Il avait fait la connaissance d’autres personnes, d’autres étudiants avec les mêmes centres d’intérêt.  Après avoir tenté l’ informatique, il avait opté pour une formation dans le commerce. Ses parents l’ avaient forcé, poussé à continuer après le Bac. Lui, il se serait bien vu en train de faire le tour du monde lors d’une année sabatique.

 

Je me préoccupais vraiment pour ces deux âmes perdues, je devais donc leur donner un petit coup de pouce. Est- ce que cela suffirait? Mais je ne pouvais faire plus. Je jouais mon dernier joker, après… Je n’osais y penser.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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