Interview de Vincent Limonne

par virginielebrun

INTERVIEW DE VINCENT LIMONNE

Vincent Limonne est un jeune architecte lyonnais qui travaille pour l’agence Rheinert. J’avais envie  de parler avec lui d’architecture et d’avenir.

www.agence-rheinert.fr

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Explique ton parcours :

Après un BAC ES, j’ai fait une année d’études en Eco-gestion à Lyon III. Ce qui m’a orienté vers l’architecture, c’est la pratique du dessin. C’est aussi un jour, dans un amphi de l’université, où le très charismatique architecte de la Manufacture, Albert Constantin, est venu nous parler. Il venait faire participer les étudiants à l’aménagement paysager d’une des cours intérieure de l’université et était accompagné pour ce projet du sculpteur Joseph Ciesla. La présentation de ce projet m’a fait comprendre que l’Architecture englobe l’ économie, la gestion d’un projet à la fois utile, artistique et symbolique. Le côté concret de la profession m’a convaincu. Ensuite, il y a eu un voyage à Venise. Hugo Pratt a créé un guide qui fait parcourir la ville par les sentiers battus à l’aide de dessins mystérieux, ésotériques. Je trouve que les dessins donnaient du sens à l’architecture. Après cette année en Eco-gestion, j’ai donc postulé à l’école d’architecture de Lyon.  Mon profil alliant création et gestion les a intéressés.

Tu as fait une année d’études Erasmus à Berlin, quelle est la différence entre les deux « écoles » ?

L’enseignement en Allemagne est plus technique, la frontière ingénieurs-architectes est moins forte. L’architecture à Berlin est aussi marquée par le devoir de mémoire et les musées qui lui sont dédiés. Les émotions doivent être retranscrites.  Ce qui m’intéresse est que le bâtiment ait du sens comme à Venise et à Berlin. En Allemagne, j’ai pu également travailler sur un matériau : le bois, sur la problématique du bâtiment et le développement durable, ainsi que sur le travail en équipe, la conception collaborative et participative.

Tu es allé à Rio, que penses-tu de l’urbanisme de cette ville, de son architecture ?

Après mon diplôme, j’ai travaillé pour l’agence de Jorge Mario Jauregui. Ce qui m’a intéressé dans cette agence c’est son approche de l’architecture vernaculaire. Les favelas sont des quartiers de villes autogérées, dans lesquelles les habitants s’organisent eux même, construisant ensemble, c’est le Mutirão. Comment construire son habitat avec le minimum ? Voilà une problématique sur laquelle l’agence carioca travaille depuis sa création. Je suis arrivé là-bas lors du lancement du concours  « morar carioca ». Ce fut une expérience très marquante car nous avions pu travailler en se rendant à Complexo da Maré, une communauté pauvre à proximité de l’Aéroport international de Rio. L’objectif était de proposer une méthodologie opérationnelle visant à réintégrer la communauté avec le reste de la ville tout en apportant les services indispensables à une meilleure qualité de vie : eau, électricité, transport, gestion des déchets. L’agence a été lauréate. Durant la période de la dictature militaire, il était interdit de travailler sur ces quartiers de ville et les favelas étaient à l’époque souvent démolies notamment pour en faire des parcs naturels, sans tenir compte des habitants et de leur mode de vie, les parquant dans des « conjuntos habitacionais », les grands ensembles brésiliens : de nouveaux quartiers comme Cidade de deus avaient étés ainsi créés. Jorge Mario Jauregui n’a jamais cessé de travailler sur ces quartiers, même pendant cette triste période, et par son travail de concertation, ses projets se font dans le respect de l’habitant. Ils permettent de générer de véritables quartiers de villes, conçu comme des lieux de vie et de mémoire. Mon séjour à l’agence tombait également en pleine réception du téléphérique reliant les différents quartiers de Complexo de Alemao. Ce type de transport s’inspire d’autres réalisations en Amérique latine comme dans la ville de Medellin en Colombie.

L’agence de Jorge Mario Jauregui m’a également permis de travailler sur d’autres projets très divers comme une proposition d’aménagement de Times Square à New York, dans le cadre de l’exposition Small Scale Big Change, au MoMA de New York dans laquelle le travail de l’agence avait été exposé.

Voici quelques esquisses du projet :

Mon séjour à Rio m’a également permis de travailler en Freelance, sur le projet d’ Eco-musée Nega-Vilma dans la communauté de Santa Marta, dans le quartier de Botafogo :

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http://ecomuseunegavilma.wix.com/santamartarj et www.jauregui.arq.br

Et que penses-tu d’Oscar Nemeyer ?

L’emprunte de l’Architecte est très grande. Il a laissé un héritage formel très marqué tout comme l’Architecte Paysagiste Roberto Burle Marx. Avec sa calçada (chemin pavé en portugais) de Copacabana, il a su faire passer un message graphique, une transition entre la ville et la mer. Ses motifs sont comme un langage qui accompagne le piéton vers les différents espaces publics de la ville.

Voilà les motifs de la calçada :

Passons à la France, quels sont tes modèles architecturaux français ?

A Lyon, j’ai apprécié le travail des berges du Rhône. J’aime le côté « tissage avec la ville ». Le péristyle  de l’Opéra de Lyon révélé par Jean Nouvel est également un formidable espace-temps en dehors des horaires de l’opéra, approprié par les habitants : le temps d’un festival de jazz l’été, ou comme une scène ouverte aux groupes de Hip-Hop en fin de semaine. J’apprécie également les espaces dans lesquels l’homme prend place avec la nature.

On dit que les Français ont une très bonne réputation dans le domaine…

On est assez sensible en France, on a la culture du projet et du site. L’architecture est historiquement imprégnée des Beaux-arts et du Grand Prix de Rome impliquant également les autres professions artistiques.

Tu es Lyonnais, qu’est-ce que cette ville a de différent par rapport aux autres ?

Son histoire : si on fait une élévation d’Ouest en Est, celle-ci raconterait la ville depuis l’époque gallo-romaine sur la colline de Fourvière, en passant par le moyen-âge et la renaissance du quartier vieux Lyon et Presqu’île, puis les grand projets de reconquête de la ville sur la rive gauche du Rhône du 18eme siècle, et enfin le quartier d’affaire part Dieu avec ses toute récentes tours Oxygène et In-City. L’activité économique a créé une architecture particulière comme la hauteurs de plafond originale des appartements Canuts. La ville possède enfin une géographie inédite : la confluence entre deux cours d’eau majestueux qui sont le Rhône et la Saône. Le récent projet urbain du quartier confluence redonne aux lyonnais l’accès et l’usage à ce quartier de ville.

Je pense au « palais » du Corbusier, qui était son cabanon simple d’été, est- ce que l’architecture est surtout l’affect que l’on met dans le lieu ? Je pense surtout la chose en termes d’usage, d’habitudes. Les gens s’approprient avant tout des lieux.

Est-ce que tu as de conseils à donner à ceux qui veulent être architecte.                   

Etre curieux et sensible aux espaces et aux usages. Ne pas lâcher le crayon car cela apporte la sensibilité. C’est un moyen direct de faire passer une idée entre la main et le cerveau. Cela permet de prendre de la hauteur et de pas directement se concentrer sur le petit détail, ce que l’on a tendance à faire avec l’ordinateur. On peut avancer rapidement car on a l’échelle dans la main.

Qu’est-ce qu’il peut y avoir de révolutionnaire dans l’architecture selon toi ? L’architecture permet de donner l’image d’un moment de culture. Elle peut influencer un quartier par les usages qu’elle génère ou sur l’économie et la revitalisation d’une région.

Tu as participé au concours de la Fondation Rougerie ayant pour thèmes l’architecture de la mer. Comment cela s’est-il passé ?

www.fondationjacquesrougerie.fr

En binôme avec Eric Coupé, j’ai travaillé sur le projet Aguador, cela signifie porteur d’eau en espagnol. Le défi était de proposer un voyage poétique sous marin tout en transportant un réseau d’eau et d’électricité vers d’autres régions. Il y a donc une volonté utilitaire et poétique.

 On a conçu l’entrée du tunnel comme une goutte d’eau avec le maximum de confort physique tout en ayant la meilleure vue possible sous la mer.

Est-ce un thème d’avenir selon toi ?

Oui car la mer peut nous donner d’incroyables sujets de recherche et de développement. Le réseau de l’Aguador permettrait dans un sens cet élan. Mais d’un autre côté, c’es aussi un lieu sauvage qu’il s’agit de préserver…

Est-ce que tu as un futur projet, lequel ?

Je travaille actuellement sur la programmation d’un éco-quartier intergénérationnel dans l’Indre au sein de l’Agence d’Architecture Rheinert, établi à Vaulx-en-Velin. De mon côté j’ai terminé de rendre un projet pour le concours du musée Guggenheim à Helsinki avec mon collègue Architecte et ami Lionel Ary Slama. J’ai aussi plus récemment participé au concours Europan 13 qui propose de travailler sur la redynamisation des communes rurales Corrézienne en situation difficile.

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image 3 europan 13 ussel vincent limonne

 

Qu’est-ce que représente le dessin pour toi ?

En ce qui concerne le dessin en général, je trouve que c’est un formidable outil qui permet de développer l’observation et l’imagination. C’est aussi un outil de narration à travers la Bande Dessinée. Je travaille d’ailleurs actuellement sur un projet de BD « le prophète » visible sur les pages de mon blog.

image 4 le prophete vincent limonne

Tu es bloggeur, qu’est-ce que ça t’apporte ?

Partager des paysages, des ambiances, des idées sous l’angle du dessin.

Vous pouvez consulter le site professionnel de Vincent Limonne :

http://www.vincent-limonne.com/

 Il a un blog, dans le genre carnet de voyage :

http://vinceario.overblog.com

ou plus actualité :

http://levincedeblog.blogspot.fr/

A SIGNALER: Le projet de Vincent Limonne et Eric Coupe a fini 7ème, dans le top 10!

 

Pour d’autres entrevues:

Emmanuel Rondeau, photographe animalier

Entrevue Au Fils d’Indra

Sara, passion danse

Joe, attaché parlementaire anglais

Lucie Léanne, auteure qui soulève les tabous

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