Rutebeuf, La Fontaine et la flatterie

par virginielebrun

Je suis tombée sur La paix de Rutebeuf, voilà un extrait:

Quand l’homme de condition moyenne devient un grand personnage,

Les flatteries commencent à se répandre et les médisances à circuler:

plus on y est habile, plus on obtient ses faveurs.

Finis les jeux et les rires.

Son royaume dégénère en empire,

et tous suivent le même chemin.

L’ami pauvre est tenu à l’écart;

s’il s’aventure à la cour, chacun l’en chasse

par des injures et des reproches.

Le vil flatteur fait vider la place à qui il entend:

à son gré, le meilleur devient le pire.

Voilà donc ce texte du XIII e siècle, je vous ai bien sûr mis la traduction. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire un rapprochement avec le texte de La Fontaine du XVIIe siècle:

sans-titre (33)

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. « 
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Quatre siècle après, c’était donc encore valable. Est-ce que ça l’est encore au XXIe siècle? Quel texte écririez-vous? N’hésitez pas à me proposer vos textes.

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