Le monde de Rutebeuf

par virginielebrun

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  • C’est avant tout un monde en crise. La seconde moitié du XIIIe siècle est une période de conflits et de crises. Les rois et les clercs ont le dessus sur l’Eglise romaine. Les élections des papes sont souvent longues. Quant à Louis IX, il est prêt à servir le Christ mais pas l’évêque de Rome.
  • L’Eglise est accusée de ne servir que ses propres intérêts. En outre, les Inquisiteurs sont autorisés à utiliser la torture.
  • En Flandre, on connaît les premières grèves de l’histoire.
  • On assiste à une profonde transformation, on achève les grands travaux à la Sainte Chapelle en 1248 puis il y a Notre-Dame de Paris, les cathédrales d’Amiens, de Reims. Un troisième âge de l’humanité en quelque sorte.

sans-titre (54)Notre-Dame de Paris

Au niveau culturel?

  • On voit l’essor des Universités: une vie intellectuelle intensive avec l’âge d’or de la scolastique. Les ordres mendiants franciscain et dominicain se développent. Saint François en est le précurseur:

220px-San_FrancescoSaint François d’Assise par Cimabue

  •  Le franciscain Gérard de Borgo San Donnino commentait l’œuvre de Joachim.  Guillaume de Saint-Amour attaque les moines mendiants et leur pape protecteur. Il fut condamné. Les ordres mendiants prêchent, administrent les sacrements et vont dans les facultés de théologie, ouvrent des écoles pour leurs religieux, se heurtent aux maîtres séculiers d’autant plus violents que les frères mendiants ne s’associent pas aux grèves et dispensent gratuitement leur enseignement. En outre, leur mendicité choque. On les accusait avec Rutebeuf d’être des hypocrites.
  • Le livre qui se généralise grâce à son changement de format et à la minuscule gothique, à la plume d’oie, aux cours des professeurs et à la multiplication des abréviations est un instrument de travail.
  • On connaît Averroès, Aristote. Deux tendances s’affrontent: celle des grands docteurs, Albert le Grand et Thomas d’Aquin, qui veulent concilier Aristote et l’Ecriture, la foi, qui seule donne une certitude, et celle des averroïstes, Boèce de Dacie et Siger de Brabant, qui acceptent la contradiction et veulent suivre et Aristote et l’Ecriture.

sans-titre (56)Saint Thomas d’Aquin

  • Après 1250, l’ennemi n’est-il plus le Cathare mais le Philosophe. Le Pape se mobilise contre les idées de d’Averroès et d’Aristote.
  • Le déclin de la Papauté et les incertitudes de la foi entraînent la fin de l’esprit de croisade.

Et la politique?

  • L’Europe est menacée par l’Asie, par les troupes mongoles qui, en 1241 et 1243 entrent en Pologne et en Hongrie. La Complainte de Constantinople de Rutebeuf évoque la menace tartare en 1260. On prend donc conscience que la chrétienté n’est qu’une partie du monde.
  • C’est alors le temps des explorateurs, des commerçants, des missionnaires. C’est le cas de Marco Polo.

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  • On a un rapport du temps passé, présent avec un rapport mystique à l’éternité. On ne croit plus à l’unité de l’histoire chrétienne  ni à sa nécessité. Elle est contingente, relative, humaine.
  • Le seconde moitié du XIIIe siècle voit l’hégémonie de la France. Philippe Auguste a vaincu l’Empereur de Prusse

sans-titre (57)Sacre de Philippe Auguste

  • . S’ajoute ensuite le prestige personnel de Saint Louis qui propose l’idéal de prudhomie. Il est sollicité pour l’arbitrage de comtés en Flandre, Hainaut et en Angleterre. En effet, Henri III a des problèmes avec des barons révoltés.

images (21)Saint Louis partant en croisade

  • Charles d’Anjou, le frère de Saint Louis, obtient le royaume de Sicile puis, dominant la ligue guelfe (pour le Pape) acquiert la Dalmatie, l’Albanie, le Péloponnèse et la couronne de Jérusalem. Son petit-fils devient en 1308 roi de Hongrie.

220PX-~1 (2) Charles d’Anjou

Et la langue française?

  • Elle tend à devenir la langue universelle même si le droit, la théologie, la rhétorique utilise toujours le latin.
  • Cependant on prêche en français, on rédige les chartes et les actes de vente en français.
  • Les étrangers utilisent le français. Elle est « la plus délitable à lire et à oïr que nule autre ». Le français se répand se répand en Angleterre sous la forme de l’Anglo-normand, langue de la justice, de l’enseignement et de l’Eglise même si Bouvines a marqué le début d’un déclin.
  • En Italie, naît le franco-italien: un mélange de français et des dialectes vénitien et lombard.
  • En Orient, près de Jérusalem, naît la lingua franca

Voilà ce qu’ a dit un Anglais en 1300 à propos de la langue française en 1300. Je ne peux m’empêcher de l’écrire:

« doulz françois était la plus bel et la plus gracious language et le plus noble parler, après latin d’escole, qui soit ou monde et de tous gens mieulx prisee et amee que nul autre; quar Dieu le fist si doulce et amiable principalment à l’oneur et loenge de luy mesme. Et pour ce il peut comparer au parler des angels du ciel, pour la grant doulceur et biaultee d’icel. »

Paris et son rayonnement:

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  • Dès le XIIe siècle, la ville est un grand centre intellectuel à l’aide de clercs urbains, de leur clarté de raisonnement avec aussi une exactitude scientifique en alliant foi et intelligence. Il y a beaucoup d’étudiants. On fonde des collèges. Robert de Sorbon fonde la Sorbonne en 1257. Il y a aussi les collèges de Raoul d’Harcourt et du cardinal Jean Lemoine. Paris se distingue des autres grandes villes comme Bologne, Salerne et Montpellier avec l’étude de la philosophie et de la théologie. Tous vont suivre sur la rive gauche de la Seine. Les professeurs doivent avoir la  licentia docenti. Ils peuvent assister aux cours d’Albert le Grand, Thomas d’Aquin, Siger de Brabant… Tous les prélats du monde entier (Hongrie, Scandinavie…) venaient s’y instruire et les Papes protégeaient l’Université de Paris. Il faut dire que certains avaient été des élèves comme Innocent III, Innocent IV, Jean XXI.
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