Rencontre avec Donato Carrisi

par virginielebrun

 

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Donato Carrisi s’est dit « lié à ce festival » qu’est Quais du polar depuis le Chuchoteur (Il suggeritore) en 2009.

En pleine carrière de scénariste, il a tout lâché pour écrire ce roman. « J’ai énormément risqué » a-t-il expliqué. Risque qu’il a tenté de limiter en prenant un agent littéraire, Luigi Bernabo. Mais ce fut un pari gagné grâce auquel il a pu faire le tour du monde, faire connaissance avec mes premiers lecteurs donc auteurs de de roman car sans eux il n’ y a pas d’auteurs.

Qu’est-ce qu’être auteur?

Il faut écrire un deuxième roman pour devenir écrivain avec le regard des lecteurs qui attendent avec impatience le deuxième.

L’histoire du Tribunal des âmes:

Comme deuxième roman, j’avais une histoire très belle, presque finie jusqu’au moment où un ami policier m’appelle et me dise ceci: « Nous menons une enquête et je sui en contact avec une personne particulière. Tu dois la rencontrer. Il a quelque chose à d’intéressant à te raconter. » Il m’ donné rendez-vous Piazza delle cinque lune à Rome au coucher du soleil. L.’histoire était un vrai thriller. J’avais pourtant fini mon deuxième  roman. J’ai appelé mon éditeur en lui expliquant que c’était ça mon deuxième roman et il a dit oui. Cette histoire avec une grande force émotionnelle et elle est vraie! C’est le Tribunal des âmes.

Plus un narrateur qu’un auteur:

Si je ne suis pas ému par mes histoires alors aucun lecteur ne le sera.

Je me définis plus comme un narrateur plutôt qu’un écrivain. Les lecteurs m’ont fait comprendre la puissance de ce que j’avais écrit.

Qu’est-ce qu’un bon thriller, la peur?

Le chuchoteur est entré directement dans l’imaginaire du public. Quand j’ai écrit L‘écorchée (L’ipotesi del male), il me manquait cette émotion jusqu’où jour où j’ai vu une petite fille qui avait une inscription sur son t-shirt qui parlait de la peur du noir, sous le lit. Cette émotion que l’on connaît qu’est celle de la peur des ténèbres. Lorsqu’on est adulte, on oublie cette peur. Les parents pensent que la chambre est le lieu le plus sûr pour mettre des enfants. De jour oui, mais la nuit il y a toujours un placard qui susurre.

« J’aime la peur qui est en vous. C’est comme ça que j’explique le succès de mon livre. »

Il faut chercher la peur dans le choses normales. Il n’y a rien de plus beau que le rire d’un enfant mais la nuit, quand on est seul et que l’on n’ a pas d’enfants.

La prochaine histoire sera une histoire d’amour?

Un journaliste en Italie m’a posé la question: « Tu serais capable d’appliquer les règles du thriller à une histoire d’amour. Ce journaliste ignore que la peur et l’amour fonctionnent de la même manière. L’histoire qui fonctionne le mieux est avec une victime et quelqu’un qui massacre. Quel est l’intérêt d’une histoire d’amour sauf si ça se termine mal? Il y a la légende de l’homme en smoking qui fumait sur le Titanic en attendant sa mort. Des gens ont dit qu’ils l’ont vu, il faisait même partie de la liste des passagers sauf qu’Otto Feuerstein est mort deux jours avant le naufrage chez lui à Dresde. J’ai décidé de répondre à l’énigme avec une histoire d’amour. (livre: La donna dei fiori di carta).

L’adaptation des œuvres au cinéma:

C’est difficile de porter à l’écran un roman. Le lecteur a déjà son idée en tête surtout quand l’auteur est un scénariste qui fonctionne avec des images. J’ai reçu beaucoup de propositions pour le Chuchoteur ces derniers temps mais je les ai toutes rejetées. Luc Besson aurait été idéal. Il faut une communion entre auteur et réalisateur. Le tribunal des âmes deviendra une série télévisée produite à Hollywood. Je crois que l’idée d’une série est déjà dans le roman. La suite sortira en automne. C’est difficile de lâcher le roman pour la série. Je suis producteur exécutif, c’est la première fois que l’on vend directement une œuvre aux USA. C’est une grande responsabilité de la part des Américains car ils doivent raconter Rome, chez moi. Je suis un auteur italien et européen. J’aime des auteurs de chez vous comme Simenon, Jean-Christophe Grangé, Thillez mais aussi les Allemands et les Anglais. C’est la seule manière d’être international: prendre le meilleur de l’Europe. On reproche souvent aux Italiens, d’être dans leur clocher. Sorrentino le fait très bien.

Une fois que le film est adopté, il ne revient plus. Quand on fait le scénariste, il faut décider quelles parties il faut couper.

Comment pouvez-vous qualifier la littérature italienne d’aujourd’hui?

En Italie, il y a un pêché originel et culturel qu’est la Néoréalisme avec De Sica, Antonioni… Andreotti, un homme politique a dit: « On lave le linge sale en famille ». Il faut raconter la réalité. Le monde intellectuel a réagi en abandonnant tout ce qui relevait de l’imaginaire. Tout ce qui était science-fiction, policier était comme un paravent pour cacher la réalité, de la série B. On a perdu de vue ces genres considérés comme mineurs. Néanmoins la réalité a toujours ses limites et il faut raconter l’imaginaire d’un peuple. En Italie, il y a eu des hommes à l’imaginaire débordant mais maintenant on le perd. Tarantino a fait un film en s’inspirant des films policiers des années 70  du cinéma italien comme Pulp Fiction, Django.

Ce sont les limites de la culture italienne: on comprend que l’on est géniaux quand les autres nous le disent. Il faut que l’on s’ouvre au monde.

Lorsque l’on parlait de l’Italie, on entendait parler de la Mafia et de Berlusconi. C’est incroyable que l’on n’aie pas de personnalités plus fortes alors qu’elles existent. Efforçons-nous à être plus européens. Le problème n’est pas la Grèce, l’Allemagne, l’Italie mais l’Europe elle-même. Le problème des uns est le problème des autres. J’espère que l’on va y arriver rapidement notamment grâce à la culture.

Quel rôle a joué la littérature classique?

L’auteur se place au dessus du lecteur. J’écris des histoires que j’aimerais lire. Mon livre ne contient jamais de morale, ce leçon. Quelle expression abominable que « film, roman d’auteur » car cela appartient au public. Si l’auteur est présent dans le roman c’est comme voir le marionnettiste qui tire les ficelles. Prenons le concept anglais de la culture avec l’exemple de l’inauguration des Olympiades de Londres en 2012. Il se sont attardés sur les 50, 60 dernières années avec James Bond, Harry Potter, les Beatles. Si l’on avait la même chose à Rome, qu’est-ce que l’on aurait choisi? Jules César. Un peu vieux. On n’a rien de plus fort? C’est toujours lié au passé. La cérémonie a été faite par le réalisateur Dany Boyle. Si en Italie on avait eu le culot de choisir un réalisateur, vingt autres se seraient plaints. Il y a de grands réalisateurs en Italie mais la culture doit être vendue. Sans les sous, les écrivains meurent de faim. Trop commercial? Suffit ce mensonge.

La culture est un bien exportable. Notre société est basée sur le consumérisme. 

Vous participez à l’émission Sesto Senso sur Rai3…

Je ne suis pas le présentateur, je raconte. C’est « raconté » par… La télé, à petite dose, ça peut faire du bien. Stephen King a dit: « Si je peux avoir la télévision gratuite pourquoi acheter des livres. Je n’en ferai plus je pense mais le bilan est positif car c’est une émission culturelle le samedi soir.

Vos séries télé?

Breaking bad. Il y a eu un tournant décisif avec Lost qui m’ a accroché. Les Européens peuvent faire quelque chose de bien. Prenons le Tribunal des âmes. Car même si elle est fabriquée par des Américains, cela reste un produit européen.

 

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