L’invention du passé

par virginielebrun

 

  • Jusqu’à vers 1800, la peinture d’histoire est le genre majeur des arts. Elle traite les thèmes mythologiques et antiques mais avant le 19ème siècle, on redécouvre les épisodes historiques du Moyen-Âge, de la Renaissance ou du 17ème siècle. Se créent alors des mythes nationaux comme Jeanne d’Arc d’autant plus que certaines périodes du passé peuvent faire écho à des épisodes plus récents. Les artistes se passionnent pour ces nouveaux sujets tirés du passé qui rompent avec la tradition classique et la hiérarchie des genres. Ils permettent des compositions plus naturalistes, vivantes, colorées qui suscitent l’émotion du spectateur. Les peintres et les sculpteurs vont mener une véritable recherche historiographique et plastique. Ils s’appuient également sur les créations passées et communiquent avec les historiens, les écrivains. Cela va être la période de Walter Scott et son roman Waverley puis de Victor Hugo et d’Alexandre Dumas. Ces artistes de l’époque romantique vont avoir un grand succès auprès des collectionneurs et du public. Les oeuvres se diffusent largement grâce à l’estampe et marquent même inconsciemment l’imaginaire collectif de nos jours.
  • Le Musée des Beaux Arts de Lyon organise à cet effet une exposition jusqu’au 21 juillet intitulée Histoires de cœur et d’épée en Europe concernant cette période 1802-1850.

Au commencement du genre:

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Valentine de Milan pleurant la mort de son époux Louis d’Orléans

  • Sous le Consulat, en 1802, Fleury Richard, un jeune peintre lyonnais formé dans l’atelier de Jacques Louis David, rencontre le succès avec ce tableau. Ce choix emprunté au passé médiéval. La scène poétique, mélancolique, l’architecture médiévale, la lumière diffuse en partie voilée sont les clefs de ce succès.

imagesCAFZCS73Le tournoi

  • Sous l’Empire, en 1812, Pierre Révoil peint ce tableau. Originaire de Lyon, Pierre Révoil est connu pour avoir collectionné des objets d’art du Moyen-Âge et de la Renaissance. Une collection qui l’inspire ainsi que les élèves de l’école des Beaux-Arts et est acquise par le Louvre en 1828. Pierre Révoil est réputé pour ses détails, peut-être un peu trop selon certains critiques de l’époque. Dans ce tableau, l’artiste cherche à renouer avec l’enluminure médiévale et s’inspire directement d’un manuscrit peint du XIVe s.

L’apogée:

imagesCAJ984Q9Jeanne d’Arc, malade, est interrogée dans sa prison par le cardinal de Winchester

  • En 1824, sous la Restauration, Paul Delaroche se différencie de ses prédécesseurs par le choix d’un format ambitieux digne de la grande peinture d’histoire mais également des effets théâtraux avec une composition resserrée sur les protagonistes, la gestuelle. On ressent une influence de la peinture et de la littérature anglaises. C’est pourquoi on peut trouver dans son œuvre ce tableau:

sans-titre (97)Edouard V, roi mineur d’Angleterre, et Richard, duc d’York, son frère puiné, dit les Enfants d’Edouard

  • En 1830, sous la Monarchie de Juillet, Pierre Delaroche peint ce tableau qui sera exposé en 1831. Le peintre fera l’objet d’une politique de copies, de gravures grâce à Adolphe Goupil, marchand et éditeur d’estampes. Résultat: ses œuvres de retrouvent dans beaucoup de foyers et connaissent une clientèle internationale. Le sujet du tableau: il est emprunté à Shakespeare, des deux fils d’Edouard IV enfermés dans la Tour de Londres par leur oncle, le futur Richard III. Cette composition sera reprise par d’autres artistes.

image005L’abdication de Charles Quint Ce tableau des Louis Gallait est une commande de l’ Etat belge en 1837.

sans-titre (95) L’Arétin et l’envoyé de Charles Quint de Jean Auguste Dominique Ingres

  • Ce tableau est commandé en 1848 par Jean-Baptiste Marcotte à Ingres. Le peintre ne peut être considéré comme représentant de l’art anecdotique troubadour caractérisé par les détails car en effet il privilégie une recherche de la synthèse et de l’effet général cependant il s’intéresse aux mêmes sujets. Ce versant de son art demeure moins connu mais occupe une place importante dans son travail. Il envisage ses peintures comme de véritables peintures d’histoire malgré leur petit format. L’histoire: Après l’échec peu glorieux de Charles Quint contre les pirates barbaresques de Tunis en 1534, l’Empereur aurait souhaité acheter le silence de l’ Arétin. on voit sur le tableau l’ambassadeur royal allongé, soupeser avec dédain le collier qu’il lui remet. Une lettre déchirée à terre accompagnait peut-être le présent. L’Arétin l’ aurait rejeté. Outré par cette réaction, l’envoyé fait mine de tirer son épée. A l’arrière-plan, les deux femmes nues font allusion à la vie licencieuse. Cette scène exprime l’indépendance de l’artiste face aux puissants et à leurs tentatives de corruption.

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  • Le tableau du peintre polonais Jan Matejko (1838-1893) est intitulé Stanczyk. Stanczyk (1480- 1560) est le « fou » le plus connu de la cour polonaise. Il a travaillé pour trois rois: Alexandre, Sigismond l’Ancien et Sigismond Auguste. En 1514, les Russes prennent la forteresse de Smolensk. Les gens festoient lors du Ballet royal, fêtent la nouvelle mais lui ne voit pas la chose de la même façon et sait où cela peut mener. Stanczyk est devenu un symbole. Personnellement, je trouve ce tableau marquant et moderne.

Et la fin?

  • Dans les année 1850, la France connaît un déclin du genre historique et la disparition des ses principaux peintres mais ce n’est pas sans laisser une certaine influence.

sans-titre (94)Les otages Ce tableau de Jean-Paul Laurens peint en 1896 utilise certains procédés du genre et fait écho aux Enfants d’Edouard de Delaroche.

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