Rencontre avec Sofi Oksanen

par virginielebrun

 

Dans le cadre des Assises Internationales du Roman orchestrées par la Villa Gillet, la Bibliothèque de la Part-Dieu a organisé une rencontre avec l’écrivaine finlandaise Sofi Oksanen

Rencontre modérée par François Perrin

 

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Après dans l’ordre de la publication en France: Purge, Les vaches de Staline et Quand les colombes disparurent, voilà Baby Jane. Celui-ci ne parle pas de l’ Estonie mais de la ville de Helsinki dans les années 90 avec un fond musicale de Courtney Love, Madonna, de la recherche amoureuse et d’homosexualité féminine.

Vos autres livres parlent de l’Estonie, celui-ci est différent des autres…

Baby Jane aurait pu être mon premier roman. Je l’avais écrit au début pour le théâtre et en même temps j’écrivais Les vaches de Staline. Purge était également au début une pièce de théâtre puis est devenu un roman. Mon éditeur lit très vite et du coup la pièce est sortie par la suite. Lorsque j’ai commencé Baby Jane , je trouvais tout à fait logique que ce soit une pièce de théâtre. J’ai toujours été intéressée par la maladie mentale. En tant que femme, je suis intéressée par l’hystérie.

Dès qu’il y a des problèmes en ce qui concerne l’alimentation par exemple, on dit que c’est une femme. En France, les auteurs femmes sont considérées depuis longtemps. Dans d’ autres pays ce n’est pas le cas. Elle ne deviendra rien si elle écrit. Concernant les gens paniquant en public, j’ai vu beaucoup de livres sur les problèmes liés à l’alimentation. Concernant les autres problèmes mentaux, il n’y a pas de littérature. Cela n’intéresse pas les chercheurs et pourtant cela touche autant de monde mais surtout les femmes.

Je vous ai formulé une réponse un petit peu longue à une question simple. L’idée me vient du film What ever happened to Baby Jane film de Robert Aldrich d’après le roman de d’Henry Farrell. J’avais envie de parler de ce type de phobie et le film en parle sans l’annoncer très clairement comme une métaphore. Aucun traitement n’est recherché. Ce sont des personnages dans la lignée des Vaches de Staline, il s’agissait de troubles alimentaires sauf qu’ici il s’agit de panique comme celle d’interagir avec les autres.

 

Il s’agit de perceptions qui jouent sur le développement de ces troubles?

Oui, bien sûr, il y a certains chercheurs qui disent qu’il y a des facteurs de panique causés par des troubles biologiques même si tout dépend de l’héritage que l’on reçoit de sa famille comme quand on a peur d’aller au marché ou de manger dehors. Comment la famille doit agir face à la dépression?

On a tendance à oublier comment se comportaient les gens il y a dix ans. J’ai des amis qui sont morts du SIDA et les médecins et les infirmiers ont été cruels à l’époque tout en sachant ce qu’était la maladie. Hallucinant dans nos pays du Nord modèles soi-disant qui recherchent le rationnel. Il pourrait y avoir une autre maladie dans le même genre et dans ces cas-là, cela pourrait recommencer.

Malgré la recherche du rationnel, on est dans des sociétés plus dures qu’avant. Vous êtes l’auteur de l’histoire de l’Estonie du XXe siècle. Est-ce que vous êtes l’auteur de l’actuel, des troubles actuels?

Quand je travaillais sur Baby Jane, je travaillais surtout sur une micro-histoire, de l’histoire ancienne alors qu’en fait non. Hier, c’est déjà de l’histoire. Baby Jane, écrit en 2003, pas les mêmes moyens de communication qu’avant, pas les mêmes réseaux, donc on entre dans l’histoire. Je voulais représenter les groupes de personnes marginalisées. C’était une culture déjà invisible et donc invisibles pour l’histoire. C’est le cas aussi pour Les vaches de Staline, j’avais quelque part cette ambition et je me suis accrochée à des détails comme les communications et les réseaux et auxquels je ne me serais pas accrochée si j’avais juste voulu écrire un roman.

Vous dépeignez les hommes lâches, peu glorieux. En perdant de leur violence et de leur capacité à interagir sur l’histoire sont-ils devenus des ectoplasmes?

Non. Il y a beaucoup d’auteurs hommes qui ont des personnages hommes. Ce n’est pas quelque chose que je fais forcément. C’est l’histoire qu’il faut pour moi. Je ne me dis pas qu’il y a autant de personnages féminins que masculins. Les hommes homosexuels souffrent également de panique ce qui peut s’expliquer car ils se sentent plus hommes objets que les autres hommes. La question que je me pose effectivement dernièrement: est-ce que j’aurais pu mettre des personnages plus exceptionnels? Dans Purge, j’ai choisi une femme abusée sexuellement, dans Les colombes disparurent, c’est un homme qui écrit l’histoire pour le KGB car ce qui est le plus vraisemblable. J’aurais pu inverser les rôles mais est-ce que cela aurait été intéressant?

La question de la dépendance matérielle, la logistique comme les courses est très importante et difficile dans ce livre-là?

Mais je pense que nous considérons que nous sommes indépendants, je n’en suis pas sûre. On a tous besoin d’interconnexion avec les autres pas par besoin mais pas par conviction comme le personnage de Martin.

La personne la plus indépendante, que tout le monde adore est en fait celle qui se retrouve enfermée. Est-ce que c’est le plus dur, rude de vos romans?

C’est une question à laquelle il m’est difficile de répondre. J’ai du mal à mettre un adjectif sur mon travail et les lecteurs peuvent aussi chacun le voir différemment. En anglais, dur c’est hard , ce n’est pas le même sens et c’est difficile de répondre à la question.

Dur avec la B.O de Courtney Love…

Effectivement, il y a eu une vague noire de chanteurs de groupes extrêmement négatifs en dehors de Marianne Faithfull. Ces chansons parlent de rêves de jeunesse qui s’étiolent, qui se perdent comme les personnages qui voulaient devenir pilotes et qui ne le seront pas. Des rêves qui quittent le monde des rêves pour devenir des tragédies. C’est plus intéressant de parler des rêves perdus que des rêves tout simplement.

Vous avez parlé de l’histoire de la communauté lesbienne. Quels sont les détails auxquels vous avez fait plus attention. Est-ce que vous avez lu des documents communautaires?

Quel que soit le sujet sur lequel on écrit on a tous besoin de ressources écrites. Cela dépend des sujets. Il y a des documents sur la théorie des gais, l’histoire des gais. Il y a le problème des gens réticents qui n’ont pas envie de parler aux chercheurs. Dans les villes ils sont plus facilement d’accord mais pas à la campagne. Je suis très intéressée par l’histoire orale. Je suis sûre que l’on peut combiner l’histoire orale et écrite et il faut se dire qu’il y a des périodes de l’histoire sans histoire écrite ni orale car il y a un refus de parler.

Il y a beaucoup de musique et un regard politique dans vos livres…

Au niveau de la musique, ce n’est jamais ma musique préférée à moi même si je fais l’effort d’écouter la musique de mes personnages. Quand on écrit, dans ce que l’on fait, il y a toujours une teneur politique. On fait toujours un acte politique, un geste politique. Quand j’ai écrit Baby Jane, je savais qu’il allait être traduit en Estonie et je savais qu’il n’y avait pas de littérature dessus en Estonie. Il est important d’écrire ce genre de livre. Quand il y a eu Cinquante nuances de Grey, ce fut très difficile à traduire en estonien. On s’est rendu compte que des mots manquaient dans la langue et j’espère que cela peut rendre service maintenant que les mots sont venus à la surface et c’est la même chose quand je parle des troubles de comportements et alimentaires. Egalement, comme cela a été dit, des mots qui manquaient dans la langue écrite mais cela ne veut pas dire qu’ils n’existent pas dans la langue orale dans les pays de l’Est. Voilà pourquoi il était important que je mette ces mots-là par écrit.

Quelle est l’importance de l’autobiographie dans votre œuvre?

Les romans sont des romans. Il y a des livres qui traitent de problèmes de façon autobiographique. Lorsque l’on écrit, il y a forcément une part autobiographique, je ne dis pas jusqu’où. A part Les carnets d’Anaïs Nin, il y a bien plus de littérature que dans ces livres-là. C’est bien que les éditions publient des romans qui traitent de ces sujets.

Vous êtes plus connue que Le lièvre de Vatanen d’Arto Paasilinna. Est-ce que vous êtes devenu un emblème?

Ce n’est pas la première fois que l’on me pose la question. Je ne suis pas la bonne personne pour y répondre.

 

 

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« Elle payait le taxi, cherchait des sièges libres, veillait sur le bien-être de sa compagne. Dans les bars homos, on coupait la file d’attente et elle me présentait à tout le monde. Dans les soirées nanas, on dansait des slows et elle respirait encore sur ma nuque. C’était la perfection. »

Qu’est-il arrivé à Piki, la fille la plus cool d’Helsinki, qui vit désormais recluse dans son appartement ? Submergée par de terribles crises d’angoisse, elle ne parvient plus à faire face au quotidien. Faire des courses ? Impensable. Boire un verre dans un bar ? Impossible. Sans compter sur les problèmes financiers. Comment gagner sa vie lorsqu’on refuse d’interagir avec le monde ? La narratrice, son grand amour, tente de l’aider comme elle peut. Ensemble, elles vont monter une entreprise d’un goût douteux pour exploiter la faiblesse des hommes. Au mépris d’elle-même, elle va essayer de la sauver. Mais à quel prix ?

 

 

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