Ile de Shitokan. Ile de Giovanni

par virginielebrun

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Histoire:

1945 : Après sa défaite, le peuple japonais vit dans la crainte des forces américaines. Au nord du pays, dans la minuscule île de Shikotan, la vie s’organise entre la reconstruction et la peur de l’invasion. Ce petit lot de terre, éloigné de tout, va finalement être annexé par l’armée russe.

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Commence alors une étrange cohabitation entre les familles des soldats soviétiques et les habitants de l’île que tout oppose, mais l’espoir renaît à travers l’innocence de deux enfants: Tanya et Jumpei.

Un film de Mizuho Nishikubo sorti le 28 mai  2014

 

C’est :

  • poétique
  • émouvant
  • historique. Tant qu’à faire, autant ne pas ressortir bête d’un film.

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Les îles Kouriles sont à l’extrême nord du Japon et à la pointe sud de la péninsule du Kamtchatka séparant ainsi la mer d’Okhotsk de l’océan Pacifique. Elles sont aujourd’hui administrées par la Russie bien que certaines d’entre elles soient revendiquées par le Japon.

Le traité de Saint-Pétersbourg et ses effets sur l’archipel (1875–1941)

Au traité de Saint-Pétersbourg conclu le 7 mai 1875 le Japon cède à la Russie ses droits sur l’île de Sakhaline, où la colonisation russe est largement supérieure à la présence japonaise, mais en échange, récupère 18 îles Kouriles (d’Ouroup à Choumchou) et le droit de commercer le long du littoral de la mer d’Okhotsk. L’archipel des Kouriles en entier fait partie du Japon et est rattaché administrativement à Hokkaidō. Un traité transitoire de neutralité est signé le 13 avril 1941 entre le Japon et l’Union des républiques socialistes soviétiques, tous deux liés à l’Axe par des traités stipulant que chaque signataire respecterait l’intégrité territoriale de l’autre (donc selon le traité de Saint-Pétersbourg de 1875, toujours en vigueur).

La Seconde Guerre mondiale et conquête soviétique de l’archipel

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Le 5 avril 1945 alors que la défaite du Japon se profilait, l’Union soviétique indiqua qu’elle ne renouvelait pas le traité de neutralité soviéto-japonais de 1941 et que celui-ci devenait en conséquence caduc à compter du 25 avril. Le 8 août de la même année, deux jours après Hiroshima et à la veille de Nagasaki, l’Union soviétique déclarait la guerre au Japon. Le Japon ayant cessé le combat contre les Alliés le 15 août 1945, le commandement japonais donna l’ordre aux garnisons de l’archipel de capituler le 19 août. Mais plusieurs commandants de garnison refusent d’obéir à un ordre qu’ils considèrent comme contraire au Bushido, et la conquête de Choumchou ne s’achève donc que le 31 août en ayant fait 1 567 morts chez les Soviétiques contre 1 018 chez les Japonais. Les îles Kouriles restantes sont progressivement occupées sans combat, de même que la moitié sud de Sakhaline.

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L’occupation de l’archipel nippon d’après-guerre

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La population japonaise des Kouriles (environ 17 300 personnes) est déportée au cours de l’année qui suivit la fin de la guerre mondiale. De nombreux civils et tous les soldats sont envoyés dans des camps au Kazakhstan et en Ouzbékistan où les survivants furent considérés comme « Coréens de Russie » et établis à demeure, sans possibilité de retour.

En février 1946, le gouvernement soviétique déclare que les Kouriles font désormais partie du territoire de l’Union soviétique, rendant caduc de fait le traité russo-japonais de 1875. Le Japon sous occupation américaine n’a pas encore la capacité de contester cette annexion. Il n’y a pas eu de traité de paix entre l’Union soviétique et le Japon à la suite de la Seconde Guerre mondiale, et bien que le Japon ait renoncé à tous ses droits sur les îles Kouriles par le Traité de San Francisco en 1951, l’Union soviétique a refusé de signer ce traité nippo-américain mettant fin à la période d’occupation américaine et restaurant l’administration japonaise sur son territoire.

La Guerre froide (1952–1991)

En 1956 est signée la déclaration commune soviéto-japonaise, annonçant la rétrocession au Japon des îles Habomai et Shikotan dans un prochain traité de paix, qui ne sera lui jamais signé. Durant la Guerre froide, les Kouriles ont une grande importance stratégique. L’archipel constitue la première ligne de défense de la Russie continentale. À côté d’une division de troupes terrestres sont stationnés dans les îles environ quarante chasseurs-bombardiers  pouvant atteindre Tokyo.

Le statut de l’archipel aujourd’hui

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L’ensemble des Kouriles fait aujourd’hui partie de la Fédération de Russie. Toutefois, le Japon réclame toujours les quatre îles Kouriles les plus méridionales (Kounachir, Itouroup, Shikotan et l’archipel des îles Habomai), selon la frontière fixée par le Traité de Shimoda signé par le Japon et la Russie le 7 février 1855, et arguant du fait que le Traité de San Francisco de 1951 (par lequel le Japon renonçait à ses droits sur les Kouriles) :

  • ne précise pas quelles îles exactement comprend la dénomination d’îles Kouriles ;
  • n’a pas été contresigné par l’URSS.

Le gouvernement nippon considère que les quatre îles qu’il revendique sont partiellement des extensions d’Hokkaidō. La Russie se réfère pour sa part à l’accord de Yalta de 1941, qui prévoit la cession des ïles Kouriles à l’URSS en échange de sa participation à la guerre contre le Japon, et considère que le renoncement japonais concerne l’ensemble de l’archipel.

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Le Japon rétorque que, faute de signature d’un traité de paix avec la Russie, et d’une reconnaissance par la Russie du traité de San Francisco, et compte tenu du caractère arbitraire et unilatéral de la déclaration soviétique d’annexion de 1946, la question de la définition de cette frontière reste un élément négociable avec l’actuelle Russie. Le Japon négocie encore avec elle le statut des populations japonaises (et autochtones aïnoues) des Kouriles expulsées en 1946, afin de permettre leur réinstallation dans l’archipel et son développement économique.

Ces îles offrent un intérêt stratégique majeur pour la Russie : en effet, tant que le Japon les possédait, les bateaux russes n’avaient pas librement accès au Pacifique, d’autant qu’en hiver la mer d’Okhotsk est gelée.

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La navigation y est donc très difficile, sauf dans le sud de l’archipel où le climat est plus doux,  facilitant l’accès à celui-ci en toute saison. Enfin, les forces armées de la fédération de Russie restent encore très présentes à Kounachir, celle des îles qui est la plus proche des côtes japonaises. L’intérêt halieutique des Kouriles est un autre enjeu majeur : il concerne l’attribution des zones de pêche environnantes qui étaient très poissonneuses.

 

 

 

 

 

 

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